Dormir, enfin !

Publié le par jean-marc dupois

Dormir, enfin !

Chère lectrice, cher lecteur,
 

« Ô sommeil, doux sommeil, pourquoi te plais-tu mieux dans la chaumière enfumée, étendu sur d’incommodes et durs grabats, t’assoupissant aux bourdonnements importuns des insectes nocturnes, que dans les chambres parfumées des Grands, sous des dais somptueux et magnifiques ? »


Ainsi se lamente le roi Henry IV d’Angleterre dans la pièce de Shakespeare [1]. Il n’arrive pas à dormir, malgré le luxe de sa chambre.

Il s’aperçoit que ses sujets misérables, eux, ronflent paisiblement. Les uns sont couchés à même le sol dans des chaumières enfumées, d’autres contre la selle de leur cheval, pour la plupart au milieu de la vermine et des moustiques vrombissant à leurs oreilles et qui ne paraissent pas les déranger.

Mais lui, dans son lit douillet, dans une chambre parfumée et confortable, ne parvient pas à dormir.

Il s’insurge donc contre ce sommeil injuste qui se refuse aux têtes couronnées mais qui s’offre aux âmes simples.

Henry IV a même constaté que les petits mousses, à la vigie des bateaux, en pleine tempête, parviennent à dormir :
 

« Quoi ! Tu vas fermer les yeux du mousse sur la cime agitée et périlleuse du mât et tu l’endors dans le berceau même des tempêtes, au milieu du choc des vents qui saisissent les vagues courroucées, hérissent la crinière humide de leurs têtes monstrueuses et les suspendent aux mobiles nuages, au milieu d’un vacarme si affreux que la mort elle-même s’éveille au bruit venant du fond des abîmes !
 
Ô sommeil injuste et partial, peux-tu dans ces heures orageuses prodiguer le repos au mousse trempé de flots, tandis qu’au sein du calme et du silence de la nuit profonde, et invité par tous les charmes et par tous les soins imaginables, tu le refuses à un Roi ! »


Il est 3 heures du matin, le roi Henry IV s’énerve, se révolte.

Et pourtant, il lui suffirait d’écouter sa femme, Lady Percy, qui tient l’explication – toute simple – de ses difficultés à s’endormir :
 

« Ô mon cher Seigneur, pourquoi êtes-vous ainsi seul ? Par quelle offense ai-je mérité d’être, depuis quinze jours, une épouse bannie de la couche de mon cher Henry ?… Pendant tes sommeils légers et pleins de trouble, je veillais auprès de toi, et je t’entendais murmurer des récits de guerres : prononcer des termes de chevalerie à ton étalon bondissant ; lui crier « Courage, à la bataille ! » ; et tu parlais de forteresses et de retraites, de tranchées, de tentes, de palissades, de créneaux et de parapets, de canons et de pistolets, et de tous les dangers d’un combat opiniâtre : ton âme entière était à la guerre. Et ces pensées avaient si fort agité ton sommeil que ton front était couvert de gouttes de sueur grosses comme les bulles d’eau qui s’élèvent sur un ruisseau troublé par une pluie d’orage, et j’ai vu d’étranges mouvements dans les muscles de ton visage, comme d’un homme qui retient son souffle dans quelque grande et soudaine précipitation. »


Inutile d’en dire plus, le diagnostic est fait !

Le roi Henry IV n’a aucune maladie, aucun trouble du sommeil. Il ne souffre pas d’apnée du sommeil, ni de catalepsie ; inutile pour lui d’aller à l’hôpital, dans un « centre du sommeil », se faire enregistrer les ondes qu’émet son cerveau la nuit.

Il n’a pas besoin de somnifères, de drogues pour s’endormir.

Son problème est qu’il est trop excité. Il ne pense qu’à la guerre, à son cheval de bataille, aux mille dangers qu’il court la journée, dans ses conquêtes.

Chaque jour, il met sa vie en danger et son royaume en jeu. Alors évidemment, il a beau investir dans la qualité de son matelas, il ne peut pas dormir paisiblement.

Il s’étonne que ses sujets dorment mieux que lui, sur des paillasses, des « grabats » misérables, ou même le mousse en haut de son mât dans la tempête.

Mais ce n’est pas étonnant.

Ses sujets, et les petits mousses sur ses navires, ont la conscience tranquille.

Ils n’ont pas de questions à se poser. Ils travaillent dur, peut-être leur vie est-elle tout autant menacée, ou plus encore, que celle d’Henry.

Mais ce n’est pas eux qui l’ont choisie, ils ne peuvent rien y faire, leur condition est de se soumettre au destin, d’obéir. Ils sont dans la soumission, l’acceptation, la résignation. Après une journée épuisante, ils s’écroulent de sommeil, où qu’ils se trouvent. Ce n’est que justice qu’ils aient ce réconfort.
 

Que conseiller au roi Henry IV ?

Avant toute chose, et parce qu’on ne peut pas toujours attendre d’avoir résolu les problèmes de fond, je conseillerais au roi Henry des huiles essentielles.

Son épouse Lady Percy semble désolée d’être « bannie de sa couche » depuis quinze jours.

Elle pourrait l’inviter à revenir, et lui faire de bons massages.

Il suffirait à Lady Percy de mélanger quelques gouttes d’huile essentielle de lavande fine, de bergamotier, de petit grain bigaradier, de néroli, de sauge sclarée et de camphrier dans de l’huile d’amande douce (ou de l’huile d’argan, ou d’onagre), puis de les lui appliquer longuement, tendrement, amoureusement.

Henry IV pourrait ainsi cesser de penser à ses plans de bataille, et à son cheval.

Si tout se passe bien, Lady Percy pourrait enchaîner ensuite avec de l’huile essentielle d’ylang-ylang dont les vertus sont bien connues. Je n’en dirai pas plus car j’ai appris que Santé Nature Innovation comptait certains très jeunes lecteurs, et je ne veux pas traiter d’un sujet qui n’est pas de leur âge. Je dirai seulement que Henry IV, comme tous les hommes, devrait normalement après cela s’écrouler d’un sommeil profond.
 

La Grosse Berta des huiles essentielles contre le stress

Mais si Henry continue à être agité de soubresauts, Lady Percy aura d’autres tours dans son sac.

Elle pourrait recourir à l’huile essentielle de santal blanc. C’est la « Grosse Berta » des huiles essentielles pour calmer les insomniaques. Elle contient des composés proches de la chlorpromazine, le médicament « miracle » qui calme les schizophrènes, aussi appelé la « camisole chimique » (l’alpha-santadol et le bêta-santadol). Il faut en mettre 12 gouttes dans de 10 ml d’huile de macadamia.
 

Le minéral « de base » pour se détendre

Lady Percy pourrait ensuite renforcer les apports en magnésium de son mari. Le magnésium est en effet le minéral de base pour lutter contre le stress. Il agit au niveau des cellules musculaires, pour les détendre, et l’effet se fait sentir sur l’organisme tout entier qui s’apaise. Il aide à réduire l’anxiété et l’excitation neuromusculaire, à partir du moment où vous choisissez la bonne formule.

Toutes les formes de magnésium ne se valent pas, les lecteurs de Santé Nature Innovation le savent. Choisir du magnésium sous forme chélatée : glycinate, bisglycinate ou taurinate de magnésium, à des doses de 300 à 600 mg par jour.

Lady Percy devrait enfin donner des tisanes au roi Henry. Attention, il existe de nombreuses tisanes pour le sommeil et il est important de les faire alterner. Pour éviter l’accoutumance, et varier les plaisirs, alterner la classique camomille et le banal tilleul avec l’escholtzia, la valériane (très puissante) et la passiflore.
 

Une bonne bière au houblon pour bien dormir

Une bonne bière pleine de houblon, une des plantes les plus soporifiques que je connaisse en dehors de l’opium, est efficace aussi pour s’endormir, à condition de ne pas avoir de problème de poids car la bière est terrible aussi pour faire grossir.

Mais à son âge, il se pourrait qu’Henry souffre de problèmes de prostate. Dans ce cas, il vaudra mieux éviter de le faire trop boire le soir, au risque de l’obliger à se lever la nuit. Lady Percy le sait mieux que moi. Aucun inconvénient alors à lui donner ces plantes sous forme de poudre ou d’extrait sec, en gélule.
 

Résoudre le problème de fond

Bien sûr, tous ces traitements d’appoint pourraient ne pas suffire car le pauvre roi Henry semble vraiment très stressé, et on le comprend.

Souvent je me suis demandé comment on pouvait s’endormir le soir en sachant qu’il faudrait, le lendemain matin à la première heure mettre son armure, monter à cheval et s’élancer sur un champ de bataille.

Vous imaginez sous les pluies de flèches, les lances acérées, les boulets de canon arrachant des bras et des têtes autour de soi, les coups de hache ouvrant les ventres et les poitrines.

Affronter cela me paraît bien pire que les pires tracas professionnels d’aujourd’hui, ou d’avoir à subir les pires collègues ou le pire des petits patrons tyranniques.

Mon conseil au roi Henry : reconsidérer ses objectifs. Changer de vie même, peut-être, ou au moins de métier.
 

Que faire quand on est indispensable

Changer de métier, cela peut paraître utopique quand on est indispensable là où on se trouve.

Mais continuons à comparer notre situation à celle du roi Henry IV (même si cela pourrait passer pour un manque de modestie).

Certes, il faut bien que quelqu’un se dévoue pour défendre la nation.

Mais peut-être n’est-il pas le seul à pouvoir le faire. Une « royauté tournante » pourrait être envisagée.

Historiquement, il n’a jamais manqué de candidats pour monter sur le trône. On a souvent en revanche assisté à des guerres de succession, preuve que le poste attirait trop de candidatures.

Personne ne lui demande de sacrifier sa santé.

Or, j’avais évité de l’écrire pour ne pas nuire à son image, mais Lady Percy est formelle là-dessus :
 

Henry IV, à force de ne plus dormir, a perdu de sa vigueur

À force de ne plus dormir, Henry IV a non seulement perdu sa bonne mine il semble qu’il ait aussi perdu de sa vigueur dans le devoir conjugal :
 

« Pourquoi la fraîcheur de ton teint s’est-elle flétrie ? Qui te fait livrer mes trésors, ta jeunesse, ta santé, et les droits d’une épouse, en proie à la sombre rêverie, et à la noire et détestable mélancolie ? » s’inquiète-t-elle.


Lady Percy dit là, je pense, quelque chose d’important.

Quand on perd le sommeil, on souffre soi-même, mais on fait surtout souffrir son entourage. L’épouse (ou l’époux) est la première à en souffrir. Viennent ensuite les enfants, les collègues, les amis.

C’est donc un problème sérieux. Qu’il faut traiter. Je n’ai pas, dans cette lettre, abordé les cas pathologiques d’insomnie (les cas provoqués par un problème médical). J’ai traité un problème qui est moins grave, ou du moins plus facile à résoudre, mais beaucoup plus répandu, surtout à notre époque où nous nous imposons un stress, des défis souvent écrasants.

Pour retrouver un sommeil profond, il faut des méthodes (relaxation, huiles et plantes dont j’ai parlé). Mais le plus important est d’être en paix avec soi-même, autrement dit faire des choix de vie qui vous apaisent.

Ce n’est pas toujours simple. Le changement est même souvent douloureux. Il faut faire son deuil de certaines choses auxquelles on tient (dans le cas d’Henry, ses guerres). Mais on ne vit qu’une fois, il faut s’en souvenir. Et rien n’est pire que de réaliser, trop tard, que l’on s’est trompé de batailles, trompé d’objectif.

Alors si vos choix de vie actuels vous empêchent de dormir, il est temps d’agir radicalement.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Publié dans santé

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